les mots sillons

les mots sillons

Le vieux chêne 1/4

 

Et voilà ! l'échelle est faite : de solides barreaux fais de jeunes branches enlacent deux rondins de bois longs et minces. Gilbert, referme son couteau de sa grosse main calleuse en regardant son petit fils grimper jusqu'à la petite cabane. Son papi lui avait promis qu'il aurait une jolie maisonnette de bois en haut du grand chêne avant la fin duprintemps.

 

21 juin 2008 : promesse tenue ! La construction avait été laborieuse et la cabane n'aurait certainement jamais vu le jour sans l'aide de Christophe, fils de Gilbert et père de Mathéo. Assis sur une pierre, l'aïeul bourre sa pipe en s'émerveillant de l'enthousiasme de sa descendance jouant sur ce chêne qui, quarante ans plus tôt, lui sauva la vie.

 

- Vous aller bien Gilbert ?

La voix douce de sa belle fille ne le surprend pas, il se retourne et lève le visage vers cette jolie fille qui a épousé son fils. Il est heureux. 

- ça va Louise, merci... 

 

 

Elle s'assied prêt de lui pour regarder son mari et son fils jouer au Robinson Crusoë. Après un long silence bercé par les cris des deux complices, Gilbert prend la main de celle qu'il aime comme sa propre fille et lui dit :

 

- Donnez lui beaucoup d'amour à ce petit, des caresses et des baisers...

 

Interloquée, la jeune maman ne se permis pourtant aucune réplique. Mais Gilbert n'attend pas de réponse : il est décidé à tout raconter à sa belle fille qui rapporterait l'histoire à Christophe, à sa manière. Il aime beaucoup Louise, et sait qu'en tant que femme et mère elle comprendrait mieux que quiconque.

 

- Tu sais, ce chêne ma donné la foi. 

 

Encore surprise, Louise attend la suite avec impatience : Gilbert n'avait jamais été du côté des curés... 

 

- J'étais jeune, une quinzaine d'année, un peu plus peut-être, je ne sais plus. Mon père faisait mon éducation à coups de ceinturon et ma mère pleurait sur mes bleus. Oh je n'étais pas le plus malheureux, parfois il m'emmenait aux champignons et m'a appris à conduire. Mais si je faisais un écart, j'y avais droit. J'veux pas faire de l'analyse à quat' sous mais je crois que c'est ça qui m'a rendu nerveux tuvois...

 

Louise hoche la tête, elle ne comprend pas encore où son beau père veut en venir mais elle sait que le moment est important. Il a la gorge nouée par l'émotion et ses yeux regarde par de là l'horizon, comme s'il y avait des images visibles que de lui.

 

- J'étais pas un méchant, je voulait faire bien, mais à force d'être triqué pour des broutilles j'ai commencé à me rebeller. Je savais qu'il ne fallait pas, c'était mon père... mais un jour où je stockais les balles de foin dans la grange, j'ai fais une pile de trop et le monticule est tombé comme un château de carte. Mon père est entré à ce moment là, je n'ai pas eu le temps de dire ouf qu'il retirait sa ceinture en vociférant. J'avais quinze ans Louise ! Trop jeune pour ce boulot de titan et trop vieux pour recevoir une raclée... Tout à coup j'ai vu rouge, mais vraiment rouge et toute la colère accumulée pendant des années devant toutes ces injustices s'est concentrée dans mes deux poings serrés...

 

Instinctivement, Louise met son bras autour des épaules de Gilbert ému. Ils n'avaient jamais eu de gestes de tendresses mais ce soir est différent....

 

 

Suite



13/05/2012
0 Poster un commentaire
Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 35 autres membres