les mots sillons

les mots sillons

Tirs dans la nuit 3/3

 

Ses mains moites et tremblantes l'empêchent de saisir l'arme avec sang froid pour l'ouvrir et fourrer deux énormes cartouches. Par deux fois il les fait tomber à terre. Par deux fois il les ramasse avec la lourdeur d'un vieil homme. Ses larmes silencieuses se mêlent à la morve qu'il racle de sa manche dans un geste brutal de petit garçon. Il s'en fou, il n'en peut plus, tout ça c'est de la merde ! Et puis à quoi ça sert ? hein ? A quoi ça sert qu'on se crève le cul au milieu de l'indifférence général ? Plus rien à perdre ... se dit-il, plus rien du tout. Essoufflé, vidé, épuisé, il s'assoit sur le rebord de la table, l'arme à bout de bras, il hésite encore. 

 

Sa journée défile en kaléïdoscope : des voix off soporifiques, des appareils hypnotiques, des automates anesthésiques, des robots répliques et des gens apathiques. Peut-être, pense-t-il, peut-être que son geste les réveillera. Allez ! Cette fois il ne faut plus réfléchir. D'un bond, il sort de chez lui en claquant rageusement la porte, descend les escaliers quatre à quatre en riant pour lui. Depuis combien de temps n'avait-il pas été si joyeux ? Depuis combien de temps n'avait-il pas fait un choix, un vrai choix qui vient vraiment de lui ? 

 

Le voilà dans la cours encerclée de tours. Il imagine tous les gens dormants dans les petites cases de béton. Il regarde les étoiles. Lève le canon de la carabine en l'air et tire, tire, tire, tire comme pour crever le voile noir de la nuit. C'est alors que tout s'accelère : les lumière s'allument une à une, les fenêtres s'ouvrent, des yeux roulants en tout sens cherchent le crime, le fauteur de trouble. Très vite Laurent, charge son arme, pointe le canon au ciel et lance à nouveau ses coups de feux qui retentissent au plus loin dans la ville. Plusieurs habitants, affolés, hurlent de terreur. D'autres, plus courageux, sortent sur le bitume froid, s'immobilise, cherchent le sang, la chair morte, le psychopathe qui a fait ça ! 

 

Mais il ni a rien. Rien que Laurent, heureux. Il regard tout ces gens qu'il n'avait plus vu depuis longtemps. Ils sont sur les balcons,  aux fenêtres, dehors avec lui, près de lui. On le regarde, on se tait, on attend de savoir jusqu'où il ira. Mais Laurent n'ira pas plus loin. Pas plus loin que son besoin de regard, d'écoute, d'humain, qu'il est allé chercher en causant la peur... 

 

 

Laurent lâche sa carabine loin devant lui. Son sourire apaise les voisins toujours sous le choc de l'affolement général. Un homme s'approche, le prend pas l'épaule. Laurent ne dit rien. La police est là, les journalistes aussi, le SAMU n'est pas loin. Mais il va bien, LUI. Il n'a jamais été aussi bien, aussi apaisé, serein. Il sait, maintenant que l'indifférence n'est qu'apparence, n'est qu'un concept. En vrai, les gens s'aiment... en vrai... se dit-il. 



17/11/2012
1 Poster un commentaire
Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 35 autres membres