les mots sillons

les mots sillons

1. Céline

Mardi 18 décembre 2001, 20 h 30

 

  • Mais qu'est ce que ça veut dire ? Gabriel est parti où ? Pourquoi ? Il était bien au lycée pourtant ? Qu'est ce qu'il lui est passé par la tête ? Il allait mal ?

  • Je ne sais pas Céline, la gendarmerie nous a appelé pour nous informer de l'internement de Gabriel à l’hôpital psychiatrique de Paris, mais je ne peux pas t'en dire plus. Il aurait pas mal fumé, tu sais le cannabis c'est pas anodin... Je te rappelle dés que j'ai du nouveau.

 

Je raccroche le téléphone qui me paraît aussi froid que la neige qui ne cesse de tomber à gros flocons. Le regard dans le vide j'essaye de réaliser ce que ma mère vient de m'apprendre. Gabriel prend le volant de sa voiture et se laisse guider par tous les signes rouges qui passent sous sa vue : chapeau, feu stop, un imperméable... N'importe quoi pourvu que se soit rouge. Incroyable ! Complètement ivre de cannabis, de Digne il rejoint Paris. Parmi les innombrables panneaux de communication en tout genre, il se laisse hypnotiser par une publicité de parfum où une femme aux yeux vert lui aurait sommée de la rejoindre au musée du Louvre : « pour la paix dans le monde » lui aurait-elle dit. Dans le musée, il a beuglé un délire incohérent aux agents de sécurité avant de se faire interner d'office.

 

Voilà. Si simple à lire mais tellement complexe à assimiler. D'ailleurs, des zones opaques et des morceaux de néant seront creusés dans ma mémoire par une réalité impossible à admettre. Comme cette première fois où je me suis rendu à l'HP (abréviation de d'Hôpital Psychiatrique bien connu des malades et de leurs visiteurs) de Haute-Savoie. Je me souviens seulement d'avoir franchi la grande porte de l'hôpital et de m'être présenté au personnel soignant. Ensuite, me reviennent dans un brouillard épais quelques images de Gabriel assis sur son lit me regardant de ses yeux bleus devenus vitreux. Mais pour l'heure mon frère est hospitalisé d'office à Paris, dans une chambre d'isolement en attendant que le délire cesse. Il restera pensionnaire de l'établissement psychiatrique jusqu'à ce que les autorités compétente décident de sa sortie.

 

Beaucoup plus tard, alors que Gabriel sera définitivement perdu, je rencontrerai Bénédicte dans une soirée parisienne. D'une écoute attentive et pleine de bienveillance elle me parlera de ces entendeurs de voix. Ces gens qui ont réussi à apprivoiser le flot de paroles venant de leur esprit. Elle me dira, que malgré la souffrance psychiatrique, il existe un avenir qui peu être beau et ouvert.

 

Ce soir, toujours assise sur mon lit, quelque part où la nuit est encore plus noir qu'ailleurs, je suis loin de comprendre une réalité qui m'échappe totalement. Je regarde mon téléphone, ce moyen de communication de plastique froid capable de nous laisser dans la plus grande des solitudes quand il est inutile. Je reste là, impuissante et étourdie par la bombe qui vient de s'abattre sans pré-avis. Ce n'est pas possible ! J'ai manqué quelque chose, c'est certain ! Mais quoi, où, quand ? Ma tête se met à chercher le moindre souvenir comme un chien piste une trace humaine.

 

 



27/10/2019
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