les mots sillons

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Chat leurre 2/2

 

Après m'être minutieusement laver les babines, je me glisse à pattes de velours sur les genoux osseux de mamie. Encore quelques coups de langue sur mon pelage tigré et je laisse aller ma tête sur le bras étendu de ma protectrice. "Ce soir il faut finir la soupe de poireaux"... "Le ciel est moutonneux, il fera mauvais demain"... "ça fait longtemps que je n'ai pas vu Caroline, crois tu qu'elle m'a oublié ?"... "Ah oui c'est vrai, elle est amoureuse !" "Il serait temps qu'elle nous le présente sont prétendant, hein mon chat" ... Mon grognement lui répond par l'affirmatif. 

 

Et puis, avec la lenteur du soleil qui descend sur l'horizon, nous nous endormons bercé par le grésillement de la radio.

 

En ouvrant les yeux, je sent que quelque chose à changé. Le soir s'est installé avec sa tiédeur, des nuages rosés peignent le ciel et l'obscurité se fait reine dans la maisonnette. D'habitude ma vieille maîtresse, qui n'aime pas le déclin de la journée, anticipe la pénombre naissante en allumant des petites lumière pour ne pas se laisser gagner par les cafards ( je n'ai pas encore compris pourquoi ni comment ses immondes bestioles envahissent le coeur de mamie. En tout cas, la lueur des lampes les chasse et c'est tout ce qui compte !).

 

Guidé par mes sens, je m'accroche à la douceur du châle pour frotter le bout de mes oreilles dans son cou. Sans réponse, je n'hésite pas à monter le volume de mes ronronnements en caressant avec plus d'insistance sa joue du haut de mon crâne.

 

Découragé par le manque d'empressement de ma maîtresse, je relâche mon emprise pour aller m'assoir sur ses genoux face à elle. Ses bras abandonnés sur les accoudoirs, le visage débarrassé de toute trace d'inquiétude, les yeux clos, je comprend  que ma mie s'est endormie pour la vie.

 

Sa protection me devient bien plus importante que toutes les boîte de pâté du monde. Plus tout jeune mais encore vigoureux, je grimpe sur le bord du fauteuil pour entraîner le bras sur une cuisse et réitère le même effort de l'autre côté. Puis, avec force et lenteur, je me met à tirer les manches de la robe jusqu'à ce que les mains noueuses et sereines se joignent. 

 

Heureux du dernier soupir sans souffrance de ma compagne humaine, il ne me reste plus qu'à me lover entre ses bras et attendre demain matin. Les ressources des hommes sont grandes et profondes malgré leur engourdissement mentale. Caroline sera là demain.

 

 

Epilogue
Version poétique



13/05/2012
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