les mots sillons

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Le vieux chêne 4/4

 

Si mon co-détenu attendait sa visite de la semaine, moi je patientais pour retrouver ce que j'appellais déjà pompeusement  mon arbre. Je ne parlais quasiment plus, de peur de voir mes poings frapper contre ma volonté et m'accrochais aux visites de la soeur de Jeannot pour garder un pied au dehors. Avec ça, je tenais le coup et je voyais mes jours de perm' s'ouvrir à moi. 

 

Alors, c'était devenu un rituel : Je m'étais un pas derrière les murs, je bombais le torse avec fierté à tous ses passants qui snobaient mon bout de bonheur, j'allumais une cigarette et je partais, droit vers mon bout de terre avec, un pincement au coeur tout de même : et si ça ne marchais pas ... Mais non, non je ne pouvais me permettre un échec : encore un tu comprends ? je pouvais pas ! Il fallait que ma semaille prenne et pis c'est tout. J'étais devenu comme un superstitieux qui met sa vie entre les mains du hasard mais c'était comme ça : si ma plante prenait vie alors mon destin en changerait. 

 

Tu vas rire, mais je passais tout mon temps à faire des allers-retour entre la rivière et mon arbre de l'eau au creux des mains. 

Pour m'acheter un arrosoir et un peu d'engrais j'avais pris la decision de m'inscrire aux petits boulots proposés aux prisonniers les plus faciles. Tu sais que j'étais passé dans cette catégories ! s'éclame Gilbert en regardant fièrement Louise qui lui répond sans hésiter par son assentiment. Et tu sais où j'ai attéri ? Ah ah ! comme quoi y a p'tet bien un foutu bon dieu quelque part ! Et bien j'ai eu droit d'aller aux espaces verts ! oui madame ! Tu te rends compte ? je pouvais pas tombé mieux... là je me suis dit : "la roue tourne mon vieux, attrape la perche !" Aaaah ma Louise, je sentais qu'il se passait quelque chose, c'étais pas possible autrement... les espaces verts... répéte le vieil homme inlassablement sous le regard émerveillé de la jeune femme. 

 

C'est là que j'ai fait la connaissance avec le vieux Verdi,  j'ai jamais su comment il s'appelais en réalité. Il a eu ce surnom pour ses talents de jardinier et parce qu'il nous jouait de son violon craceux aux heures de pause. Je suis resté en cabane encore huit ans entre le vieux verdi aux espaces verts et Jeannot en taule, lui, qui était plus cérébral, alphabétisait quelques détenus.

 

Grâce aux bons conseils du vieux jardinier mon chêne à fini par faire une pousse, toute petite, toute fragile comme un nouveau né. Ce jour à été le plus beau après la naissance de ton mari ! 

Je commençais vraiment par perdre patience, et tout mon espoir s'effritait comme une vieille peinture qui s'écaille. Je n'étais plus très assidu aux espaces verts quand Jeannot a cassé sa pipe. Son absence m'a littéralement terrassé, c'étais mon seul ami avec le vieux Verdi. C'est là que j'ai abandonné mon projet d'arbre en m'en voulant d'avoir été si naïf et pis j'avais plus le coeur à rien sans le Jeannot. Tu vois, quand la vie décide de te faire sombrer elle n'hésite pas, mais quand son projet est de te faire grandir elle ne s'arrête pas non plus dans son élan, va savoir ... 

 

La soeur de Jeannot continuait de venir au parloir, elle restait là, seule en pleurant tout le temps de la visite puis elle repartait. Manu, un gardien plutôt sympa, m'en avait touché un mot en me disant d'aller un peu lui tenir compagnie à cette pauvre dame qui n'avait plus que son frère maintenant décédé. Alors, toute les semaines, je me suis mis à aller au parloir. D'abord on se regardait à peine, silencieux j'écoutais son chagrin. Et puis, nous avons évoqué des anecdotes concernant notre Jeannot comme nous l'appelions. Elle était tellement gentille... Jamais elle ne m'a demandé ce que je foutais là, jamais elle ne m'a traité différemment d'un autre homme. Plusieux mois ont passés avant que j'ose lui parler de ma plantation râté. Ca m'a fait du bien de me confier un peu. La semaine après lui avoir exposé l'histoire de mon bout de terre, elle est revenu avec un sourire ... magnifique. C'est vrai qu'elle était très jolie avec ses jolis dents, ses petites fossettes qui me rappelait mon copain, ses cheveux longs qui encadrait son doux visage. Mais elle pleurait tellement que je l'avais jamais remarqué. Là, elle souriait, avec des gestes si gratieux elle s'est assise et m'a presque crier à travers la vitre sans me dire bonjour :

 

" Ton arbre a poussé".

 

 

 

 

Epilogue



13/05/2012
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