les mots sillons

les mots sillons

cent vies / 13.07.2012

 

Le portail grince dans le vide du petit parc. Un arbre chahuté par la brise, quelques bancs à peine usés accueillent nos pas timides crissant dans les petits cailloux blancs. Avec hésitation, nous poussons la porte de cette grande maison qui appartient à tout le monde et personne à la fois. Ici, règnent deux espèces : les bipèdes vêtus de blanc, rapides aux gestes précis et des petits êtres courbés aux mouvements lents et malhabiles.  

L'une avec son accordéon et l'autre avec ses chansonnettes, nous venons faire notre B.A, heureuses d'apporter un peu de vie chez les vieux. Arrogantes, nous nous faisons l'effet d'un courant d'air frais traversant un grenier poussiéreux. Dans le couloir qui mène à la salle, je lance des grands bonjours à la cantonade aussitôt déçue de ne recevoir qu'un regard étonné quand il n'est pas désintéressé.  

 

Mais qu'espérions-nous au fond ? Qu'ils nous attendent depuis la veille en campant dans l'entrée pour, dés notre arrivée, nous faire une ola en nous jetant des fleurs ? Je souris à cette pensée présomptueuse. Quel beau rôle que de nous croire les bienfaitrices d'âmes que j'imagine perdues sans notre petite personne.  

 

Alors que nous déballons nos affaires, notre auditoire arrive tranquillement mais sûrement. Les premiers installés, attendent avec l'endurance d'un bouddhiste en méditation. Attendre … le repas, la toilette, la nuit, puis le matin, une visite ? Peut-être, peut-être pas...  

 

Mais ne patientons pas plus longtemps, l'accordéon commence les quelques notes d'une valse lente. Certaines mains, fatiguées, il y a une minute abandonnées sur l'accoudoir, se mettent à battre une mesure fragile. Un pied ose se balancer avec la légèreté d'une frêle branche dans le vent :1,2,3 / 1,2,3 / 1,2,3 / 1,2,3.  

 

Comme un cœur perdu qui se remettrai à battre, un sursaut de vie reprend ses droits sous les mélodies des chansons préservées par la mémoire collective. Padam, padam, padam... les têtes se relèvent pour balancer en cadence. Les lèvres fredonnent et font resurgir le souvenir d'un bal où les jeunes corps chaloupaient avec l'orgueil de leur jeunesse. "Il nous faudrait une grange, des lumières et du vin" s’exclame Mme Gros sous l'approbation générale. "et nos vingt ans !" renchérit Mme Baudry. « Et du foin !» Termine Mr Bailly, le sourire malicieux. Au diable cannes, déambulateurs et fauteuils, chacun se trémousse avec l'énergie d'une flamme, certes vacillante, mais pas encore éteinte. 

 

 Nos balbutiements timides et hésitants laissent place à l'émerveillement devant leur présence bienveillante. Nos peurs sont balayés par leur enthousiasme spontanée et vivifiant. Nos regards croisent des yeux étincelants de vie, nos mains touchent leur peau parcheminée de toute une histoire riche et empreinte d'émotion. Nos voix s'entremêlent à leur sourire et notre jeunesse blasé s’imprègne de leur chaleur offerte.   

Le répertoire terminé, chacun y va de sa petite chansonnette entraînant d'autre voix qui ne se font pas prier. Nous sommes assises, les instruments posés et tapons des mains, chantons, pour ne pas partir. Pas encore... un morceau de gâteau nous est apporté avec un petit verre de mousseux. On trinque à leur santé, à cette flamme d'amour qui nous est donné. Promis nous reviendrons. Mais cette fois, pardonnez-nous de ne vous apporter que quelques notes contre votre félicitée que nous prendrons par brassées entières. Pour repartir sur notre chemin le coeur... heureux ! 

 



13/07/2012
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