les mots sillons

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L'effet papillon

 

Vous n'allez certainement pas me croire mais Michel, je l'ai rencontré à cause d'une mouche. Un petit et insignifiant insecte a changé à jamais le cours de ma vie... 

 

 ...

 

Je n'étais alors qu'une jeune femme faisant des études prometteuses aux beaux-arts quand une mouche a provoqué mon mariage !

 

Il y a 25 ans Mme Fouchat s'installait à sa table pour remplir sa fiche d'imposition. Anxieuse par la date butoir de son envoi elle écrivait précipitamment quand une mouche se posa sur le papier avant d'aller bourdonner dans ses oreilles. Exaspérée, elle lutta d'abord avec la tapette puis avec l'insecticide qui ne la parfuma plus qu'il ne tua le nuisible. Vous ne voyez pas le rapport avec mon mariage ? On y arrive... En bref, notre fidèle citoyenne a tout de même posté son précieux courrier mais serait en retard chez son dentiste ; qui malgré l'heure tardive lui ouvrit son cabinet.

 

Au départ de sa patiente, notre dentiste ne pensait qu'à une chose : se sauver rapidement et trouver une pharmacie encore ouverte afin de se procurer le doliprane pour son fils malade. Pressé et fatigué, notre dentiste, devenu Mr Dupont, se gara sur un espace libre chevauchant la rue et le trottoir. Il en aurait pour cinq minutes, il ne dérangerait pas longtemps. La pharmacie bondée, Mr Dupont dû attendre cinq minutes plus un quart d'heure ce qui nous fait vingt minutes, juste le temps à la fourrière d'enlever son véhicule.

 

Désespéré, il pria sa femme de venir le chercher. Cette dernière s'exécuta et, afin de préserver la santé de son fils, le donna à garder aux voisins (mes parents) le temps de parer à l'urgence. On se rapproche ! Mes parents, heureux de rendre service, prirent leur petit voisin sous leur protection, qui se mit à jouer calmement en trainant dans toute la maison son camion à roulette. Mr et Mme Dupont revinrent chercher leur mouflet et rentrèrent riant de la mésaventure de Monsieur.

 

Le lendemain, mon père et ma mère se levèrent tout guillerets à l'idée de leur semaine à la Bourboule. Comme chaque année mes parents s'offrent une cure de jouvence dans ces hauts lieux de la sauvegarde des retraités. Courant en tout sens pour chercher les maillots de bain et les bonnets, boucler la valise, fermer le gaz, faire garder le chat, bref que le grand départ soir parfaitement parfait, mon père, dans l'empressement général, marcha sur le camion à roulette, glissa et se cassa la clavicule en tentant d'amortir sa chute. Les quelques ecchymoses mais surtout son bras en écharpe, interdirent mon père de partir pour sa cure bienfaitrice.

 

Non seulement le séjour était réservé depuis de longues dates, mais mes parents s'étaient saignés rien que pour payer les arrhes. Il était hors de question de tout annuler, ma mère partira à la cure avec une personne remplaçant son mari. Mais qui ? En moins de temps qu'il n'en fallait pour se poser la question, j'étais déjà dans le charter de départ.

Je n'en revenais pas : mes parents avaient troqué une semaine de préparation à l'examen contre « sept jours tout compris » à la Bourboule. Dans le bus qui me menait vers les eaux miraculeuses,  je cachais mes larmes de déception en chantant la java bleu en chœur avec le club de la bonne humeur.

 

Quand le kiné m'a vu penaude au milieu des septuagénaires, il pris l'initiative de me donner une chambre seule. C'est en tout bien tout honneur que j'allais vers lui pour ma première séance afin de le remercier chaleureusement et profiter d'un massage californien (c'est plus doux pour le début).

 

A partir de ce moment je passais le reste de mon temps, ou, en tout cas, dés que je le pouvais, sous les mains de celui qui allait devenir l'homme de ma vie.

 


 

Si la mouche n'avait pas gêné Mme Fouchat, cette dernière n'aurait pas été en retard chez son dentiste qui, lui même aurait fermé son cabinet à l'heure et aurait pris le temps de se garer. La voiture n'aurait pas été emmené à la fourrière et la voisine de mes parents n'aurait pas donné son enfant à garder, qui lui même n'aurai pas laissé traîner son jouet à roulettes. Mon père n'aurait pas eu son accident et serait allé à la Bourboule comme prévu. Moi j'aurais préparé mon examen et serait, à l'heure qu'il est, avec un couillon d'avocat, entrain de peindre des croutes.



13/05/2012
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