les mots sillons

les mots sillons

Monsieur le président je vous fais une lettre / 12.10.2012

En réponse aux articles du 27 septembre et 11 octobre 2012

journal Le Progrès (Jura) 

 


 

Mr Le Président, 

 

Je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, afin de vous demander une autorisation. Parce que les gardes de la forêt m'ont dit qu'il me fallait une autorisation alors je vous écris, pour que, s'il vous plaît, vous m'accordiez le droit de survivre.  

 

 

 

Ce n'est pas que je n'étais pas bien chez moi, bien au contraire ! J'y ai un petit bout de terre sur laquelle j'ai réussi à constuire une petite barraque avec des morceaux de taules, du bois et des cartons. Il n'y a qu'une pièce mais nous nous tenons chaud ! Et puis, là-bas, il y a les grands parents des enfants. Ma maman aime garder les enfants pendant que je cherche un travail que je ne trouve pas, pendant que je rafistole les trous du toit, pendant que ma femme mendie quelques patates au bord du chemin. Et puis, là-bas, il y a mes amis d'école avec qui j'ai grandi, on se soutien, on se console et on joue aussi aux cartes pour oublier notre misère qui nous cogne dessus. Bon bref, Monsieur le Président chez moi, là-bas, je suis heureux. Mais j'ai faim.  

 

Alors, on s'est ouspillé avec ma femme car elle, elle voulait partir pour que les enfants mangent. Moi je voulais resté pour que les enfants ne soient pas malheureux loin de leur copains et grands parents. Et puis, c'est risqué vous comprenez, il faut faire confiance à des passeurs qui nous brutalisent, il faut protéger nos petits des maladies et des accidents, il faut marcher dans la nuit et dormir peu. Mais, ma femme elle a vu au bord du chemin ceux qui revenaient, lui parlant des jolies rues de Lyon, des poubelles remplies de nourriture, de petits travailles que l'on peut faire pour gagner un peu d'argent. Alors, elle m'a dit qu'on reviendrait au pays ensuite pour arranger la maison et manger mieux. 

 

On est parti Monsieur le Président, dans votre beau pays où l'on pourrait avoir une nouvelle dignité d'homme. Mais voilà, Monsieur Le président, je ne comprend pas pourquoi ici on me traite de fénéant et de voleur alors que les gardes de la forêt ont brûlé toute ma récolte de champignons cueillie avec peine. Il l'on prise et brûlée parce que je n'avais pas l'autorisation. Mais j'ai pas tué, j'ai pas volé... je voulais juste tenter ma chance Monsieur le Président. Gagner mon repas et abriter ma famille, comme un homme. J'ai pas compté combien de kilo j'ai pris, c'est vrai, mais c'est comme ça que vous faites dans votre pays : plus vous produisez plus vous gagnez ? non ? vous savez Monsieur le Président, je ne suis pas plus bête que vous, et je me suis dit :plus je cueille des champignons, plus j'en vendrais !  

 

Alors, j'ai dit aux enfants : "si vous cueillez des champignons vous aurez du pain !" vous les auriez vu crapahuter dans les bois et remplir les cartons ! Ils travaillent mes enfants, ce ne sont pas des fénéants ! Je ne veux pas tuer, je ne veux pas voler, je veux juste tenter ma chance Monsieur le Président....  

 

 



12/10/2012
2 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Littérature & Poésie pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 35 autres membres